Rayan Cherki, l’homme du moment à Manchester City
78e minute à Anfield. Jeremie Frimpong part du mauvais côté, complètement pris par la feinte. Le ballon, lui, file tranquillement du plat du pied hors de portée d’Alisson. 3-0 pour Manchester City chez Liverpool, et la presse anglaise s’enflamme. Six jours plus tôt, le même joueur faisait chavirer le Stade de France contre la Belgique.
Rayan Cherki traverse le meilleur automne de sa jeune carrière. Leader invaincu de Premier League avec City, buteur en Bleu, chouchou de l’Etihad : le gamin de Lyon a changé de dimension. Mais d’où vient ce déclic ? Et surtout, jusqu’où peut-il aller ?
Un début de saison en mode rouleau compresseur
Autant le dire tout de suite : personne à City ne s’attendait à voir Cherki porter l’équipe à ce point dès l’automne. Les Citizens ont signé un sept sur sept en championnat, avec 21 points et six longueurs d’avance en tête après la victoire contre Ipswich (3-2) samedi. Et dans ce départ canon, le numéro 10 français a pesé lourd.
Ses débuts sur la pelouse ont pourtant commencé sur le banc, lors de la première journée contre Bournemouth. Puis Enzo Maresca l’a lancé contre Crystal Palace. Résultat ? Un doublé en cinq minutes pour sa première titularisation. Depuis, il n’a plus quitté le onze dans les gros matchs.
Les buts de Rayan Cherki depuis août
Selon le décompte de RMC Sport à la veille du choc face au PSG, l’ancien Lyonnais en était déjà à cinq buts et deux passes décisives toutes compétitions confondues. Pour rappel, il avait fini la saison dernière autour de la dizaine de buts. Il est donc en avance sur son rythme, et pas qu’un peu.
- Un doublé à Crystal Palace fin août (victoire 4-1), inscrit aux 54e et 59e minutes.
- Un but contre Sunderland en septembre, dans un match complètement fou remporté 5-3.
- Un but en Coupe de la Ligue, pour lancer sa campagne sur tous les fronts.
- Le bijou d’Anfield le 11 octobre, pour conclure le 3-0 contre Liverpool.
Jamie Carragher, pourtant pas du genre à distribuer les compliments aux joueurs de City, a salué sa qualité après ce match. Quand un ancien de Liverpool s’incline devant un adversaire à Anfield, c’est que le garçon a fait quelque chose de spécial.
Maresca, le coach qui lui a donné les clés
Pour comprendre cette explosion, il faut regarder sur le banc. L’été dernier, Pep Guardiola a laissé sa place à Enzo Maresca. Et c’est là que tout a basculé pour Cherki.
Sous Guardiola, le Français alternait. Il commençait parfois sur le banc, notamment en milieu et en fin de saison dernière. Le Catalan n’aimait pas toujours ses prises de risque, jugées un peu trop nombreuses. Maresca, lui, l’aligne systématiquement dans les grands rendez-vous, en Premier League comme en Ligue des Champions.
L’Italien a même fait l’effort de parler de lui en français devant la presse, avant le match contre le PSG. Il l’a décrit comme un très bon joueur, mais aussi comme une très bonne personne, qui travaille bien sans ballon. Un détail qui compte : on a longtemps reproché à Cherki de disparaître dès que son équipe perdait la balle.
De Guardiola à Maresca : ce qui a changé pour Rayan Cherki
Concrètement, Cherki évolue en meneur axial dans le 4-2-3-1 de Maresca. Ce n’est plus seulement le dribbleur qui fait lever le public. C’est aussi lui qui calme le jeu, oriente, choisit le bon moment pour accélérer. Pour faire simple, il est passé du rôle de soliste à celui de chef d’orchestre.
- Plus de verticalité : il cherche davantage le but dès qu’il touche le ballon dans la surface.
- Plus de constance : titulaire quasi systématique, il enchaîne les matchs et gagne en rythme.
- Plus d’efforts sans ballon : son pressing et son replacement ont nettement progressé.
- Plus de responsabilités : c’est souvent lui qui dicte le tempo, là où il attendait avant qu’on vienne le chercher.
Symbole de ce nouveau statut, son visage s’affiche en grand sur une publicité devant l’Etihad Stadium, aux côtés de deux autres joueurs seulement. À City, certains supporters le voient déjà comme l’héritier de Kevin De Bruyne. La comparaison pèse lourd, mais elle ne paraît plus absurde.
Retour en arrière : une première saison anglaise déjà réussie
On l’oublie un peu, mais Cherki n’a pas surgi de nulle part cet automne. Arrivé de Lyon en juin 2025 pour 36,5 millions d’euros (plus des bonus), il avait déjà livré une première saison très solide en Angleterre.
À Lyon, il avait laissé un souvenir fort : plus jeune buteur de l’histoire du club à 16 ans, puis une dernière saison marquée par ce quart de finale fou de Ligue Europa contre Manchester United, où il avait marqué à l’aller et au retour. Les supporters lyonnais s’en souviennent encore, même si l’élimination fait toujours mal.
| Saison | Club et compétition | Matchs | Buts | Passes décisives |
|---|---|---|---|---|
| 2019-2025 | Olympique Lyonnais (toutes compétitions) | 185 | 29 | – |
| 2025-2026 | Manchester City (toutes compétitions, bilan du club) | 52 | 10 | 16 |
| 2025-2026 | Manchester City (Premier League) | 33 | 4 | 12 |
| 2026-2027 | Manchester City (Premier League, avant la 7e journée) | 6 | 4 | 2 |
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Quatre buts en Premier League sur toute la saison dernière, quatre buts en six matchs cette saison. Le passeur s’est mué en finisseur.
Et le palmarès a suivi. City a réalisé le doublé des coupes nationales : la League Cup contre Arsenal (2-0) en mars, puis la FA Cup contre Chelsea (1-0) en mai, grâce à un but de Semenyo. En championnat, les Citizens ont terminé deuxièmes, juste derrière Arsenal. Cherki s’est même offert le trophée du but de la saison au club. Son slalom contre Arsenal en avril (victoire 2-1) avait fait le tour des réseaux.
Le Mondial 2026, la tache dans le tableau
Le problème, c’est que tout n’a pas été rose. L’été dernier, la Coupe du monde aux États-Unis n’a pas ressemblé au rêve qu’il espérait. Retenu par Didier Deschamps dans la liste des 26, Cherki a surtout joué les remplaçants de luxe.
| Date | Match | Tour | Score | Temps de jeu de Cherki |
|---|---|---|---|---|
| 16 juin 2026 | France – Sénégal | Groupe I | 3-1 | 18 min (entré en jeu) |
| 22 juin 2026 | France – Irak | Groupe I | 3-0 | 27 min (entré en jeu) |
| 26 juin 2026 | Norvège – France | Groupe I | 1-4 | 35 min (entré en jeu) |
| 30 juin 2026 | France – Suède | 16es de finale | 3-0 | 12 min (entré en jeu) |
| 4 juillet 2026 | Paraguay – France | 8es de finale | 0-1 | 19 min (entré en jeu) |
| 9 juillet 2026 | France – Maroc | Quarts de finale | 2-0 | Non entré en jeu |
| 14 juillet 2026 | France – Espagne | Demi-finale | 0-2 | 31 min (entré en jeu) |
| 18 juillet 2026 | France – Angleterre | Match pour la 3e place | 4-6 | 46 min (titulaire) |
Sept matchs joués, 188 minutes au total, zéro but, zéro passe décisive. On ne va pas se mentir : pour un joueur de son talent, c’est maigre. Les Bleus ont fini quatrièmes, battus par l’Espagne en demie puis par l’Angleterre dans une petite finale complètement débridée.
Certains médias ont aussi pointé son attitude pendant le tournoi. Cherki a pris la parole sur ses réseaux après l’élimination, déçu de ne pas avoir pu aider davantage. Le genre de désillusion qui peut briser un joueur… ou le piquer au vif. Vu son début de saison, on penche plutôt pour la deuxième option.
Zidane, Cherki et les Bleus : le début d’une belle histoire ?
Après le Mondial, Didier Deschamps a passé la main. Zinédine Zidane a pris les commandes de l’équipe de France. Et pour Cherki, ce changement ressemble à une seconde chance.
Sous Zidane, il a gagné une place de quasi-titulaire. Il a débuté contre l’Italie (1-1) le 2 octobre au Stade de France. Trois jours plus tard, contre la Belgique, il est entré à l’heure de jeu avec Michael Olise. Les Bleus étaient menés, le Stade de France commençait à gronder. Puis tout s’est emballé : Désiré Doué a égalisé, Cherki a donné l’avantage à la 81e minute sur un ballon en retrait d’Olise, et Olise a fini le travail avec un doublé. 4-1, Zidane toujours invaincu, la France en tête de son groupe en Ligue des nations.
Rayan Cherki peut-il devenir le numéro 10 des Bleus ?
C’est la grande question de l’ère Zidane. Le profil de Cherki, dribbleur et passeur, quasi ambidextre, se fait rare chez les Bleus. Depuis des années, on reproche à l’équipe de France de manquer de créativité dans l’axe. Lui, il en a à revendre.
Mais attention, la concurrence est féroce. Pour une place dans le trio offensif, la file d’attente est longue :
- Michael Olise, son grand ami en sélection, auteur d’un doublé contre la Belgique.
- Désiré Doué, buteur contre les Diables Rouges puis contre City avec le PSG.
- Ousmane Dembélé, toujours là malgré un match décevant contre la Belgique.
- Kylian Mbappé, évidemment, autour de qui tout le système doit tourner.
Ce qui joue en faveur de Cherki, c’est sa capacité à jouer entre les lignes, là où les autres préfèrent les couloirs. Zidane, ancien numéro 10 de légende, sait mieux que personne ce qu’un vrai meneur peut apporter. Le clin d’œil serait joli.
Ce qui l’attend d’ici la fin de l’année
Tout n’est pas parfait pour autant. Le 14 octobre, City a pris une claque à domicile contre le PSG (2-4) en Ligue des Champions. Cherki n’a joué qu’une mi-temps, sans peser sur le match. Doué, Dembélé, Vitinha et Akliouche ont rappelé que le double champion d’Europe joue encore dans une autre catégorie. Pour lui comme pour City, c’est un match à oublier.
Samedi, Maresca l’a laissé sur le banc contre Ipswich, comme Semenyo, Anderson ou Gvardiol. Pas de blessure : simple gestion, avant la réception de l’AEK Athènes ce mardi soir en Ligue des Champions. Le week-end prochain, direction Villa Park pour affronter Aston Villa.
Le contexte en coulisses reste tendu à City, avec la menace d’un retrait de points qui plane toujours au-dessus du club. Dans cette période agitée, la forme de Cherki fait office de rayon de soleil à Manchester. Et en novembre, il retrouvera les Bleus pour les deux derniers matchs de groupe de Ligue des nations, en Italie puis face à la Turquie.
FAQ : tout savoir sur Rayan Cherki
Quel âge a Rayan Cherki ?
Il est né le 17 août 2003 à Lyon. Il a donc 23 ans.
Combien Manchester City a-t-il payé pour Rayan Cherki ?
City l’a recruté à Lyon en juin 2025 pour 36,5 millions d’euros, plus environ 6 millions d’euros de bonus.
Jusqu’à quand Cherki est-il sous contrat avec City ?
Son contrat avec Manchester City court jusqu’au 30 juin 2030.
Combien de buts Cherki a-t-il marqués cette saison ?
Avant le match contre l’AEK Athènes, il comptait cinq buts toutes compétitions confondues, dont quatre en Premier League, et deux passes décisives.
Quel numéro porte Cherki à Manchester City ?
Il porte le numéro 10, longtemps associé à de grands créateurs à City.
Cherki aurait-il pu jouer pour une autre sélection ?
Oui. Il était éligible pour l’Algérie et l’Italie, en raison des origines de ses parents. Il a choisi la France et a débuté en Bleu en juin 2025 contre l’Espagne, avec un but superbe dès sa première sélection.
Quel est le palmarès de Cherki avec City ?
Avec Manchester City, il a remporté la League Cup et la FA Cup lors de la saison 2025-2026. Avec la France olympique, il a aussi décroché l’argent aux JO de Paris 2024.
Le Cherki qu’on voit cet automne ressemble enfin à celui qu’on annonçait à Lyon il y a cinq ans : décisif, régulier, capable de faire basculer un match en une seule touche de balle. Il lui reste à le prouver dans les très grands soirs européens, là où le PSG l’a un peu éteint. Prochain test ce soir contre l’AEK, puis Villa Park ce week-end. Alors, selon vous, Zidane doit-il lui confier les clés du jeu des Bleus dès novembre ?




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